IA et finances personnelles : pourquoi les calculs de ChatGPT sont faux (et comment y remédier)
Prélèvements sociaux obsolètes, calculs simplifiés : les erreurs concrètes de l'IA en fiscalité française, et comment les vérifier.
Sommaire
De plus en plus de Français posent leurs questions fiscales à ChatGPT. Les réponses sont souvent plausibles, parfois correctes. Mais quand elles sont fausses, c’est invisible : le même ton assuré, la même mise en forme soignée. Pas de signal d’alerte, pas d’astérisque. Il faut vérifier soi-même. Encore faut-il savoir quoi vérifier.
Une fiscalité qui évolue plus vite que l’IA
La fiscalité française change chaque année. Taux, plafonds, tranches, abattements : tout bouge. Les IA sont entraînées sur des données qui ont des mois, parfois des années de retard.
Quelques exemples concrets pour 2026 :
Les prélèvements sociaux sont passés de 17,2 % à 18,6 % au 1er janvier 2026 pour les plus-values mobilières (LFSS 2026, hausse de la CSG de 9,2 % à 10,6 %). Sur 30 000 € de plus-values PEA, l’IA qui applique l’ancien taux calcule 5 160 € de prélèvements sociaux. La réalité : 5 580 €. Écart : 420 €.
Le taux du Livret A a changé 4 fois en 3 ans : 3 % (2023), 2,4 % (février 2025), 1,7 % (août 2025), 1,5 % (février 2026). Une IA entraînée sur des données de 2024 applique un taux qui n’est plus en vigueur.
Les tranches d’impôt sur le revenu sont revalorisées chaque année. Un décalage de quelques centaines d’euros sur un seuil de tranche suffit à changer le taux marginal applicable.
Ce ne sont pas des hallucinations au sens classique : l’IA applique correctement des règles qui ne sont plus en vigueur. C’est plus sournois qu’une erreur franche.
Les calculs complexes : l’exemple du PER
La question « combien je gagne avec un PER ? » semble simple. En réalité, la réponse dépend d’un enchaînement de calculs :
- Calculer le plafond de déduction : 10 % du revenu net imposable, avec un plancher de 4 710 € et un plafond de 37 680 €
- Déterminer le montant effectivement déductible : le versement réel, dans la limite du plafond
- Appliquer le taux marginal d’imposition (TMI) pour obtenir l’économie d’IR à l’entrée
- Prendre en compte le report d’imposition : l’argent déduit à l’entrée sera imposé à la sortie, au TMI de la retraite
- Intégrer les intérêts composés sur l’économie d’IR : les 1 800 € non versés au fisc peuvent être réinvestis. Sur 25 ans à 6 % net, ils deviennent environ 7 700 €. Ce rendement, lui aussi, sera fiscalisé à la sortie.
- Soustraire les frais du PER : frais sur versement, frais de gestion annuels du contrat, frais des supports (UC). Plusieurs couches de frais qui s’empilent et varient selon les contrats. Sur 25 ans, leur impact cumulé pèse lourd, mais l’IA les ignore ou les simplifie.
L’IA s’arrête généralement à l’étape 3 : elle affiche l’économie d’IR comme un gain acquis. En réalité, c’est un report d’imposition dont l’avantage dépend de variables que l’IA ne peut pas modéliser : l’écart de TMI entre aujourd’hui et la retraite, le rendement obtenu sur l’économie réinvestie, la fiscalité appliquée à la sortie, et les frais cumulés sur toute la durée du contrat.
Prenons deux profils avec un même versement de 6 000 € :
| Profil A (cadre, 38 ans) | Profil B (employé, 28 ans) | |
|---|---|---|
| Revenu net imposable | 60 000 € | 22 000 € |
| TMI actuel | 30 % | 11 % |
| Plafond PER | 6 000 € | 4 710 € |
| Déduction effective | 6 000 € | 4 710 € |
| Économie d’IR à l’entrée | 1 800 € | 518 € |
| Imposition à la sortie | Au TMI retraite (inconnu) | Au TMI retraite (inconnu) |
L’économie affichée par l’IA (1 800 € ou 518 €) n’est qu’une partie du tableau. A TMI constant, le gain ne vient pas de la déduction elle-même mais des intérêts composés sur l’argent réinvesti pendant la phase d’épargne. Et ce gain dépend du rendement, de la durée et de la fiscalité de sortie : exactement le type de calcul multi-étapes où l’IA simplifie.
Ce que l’IA fait bien (et où elle décroche)
L’IA est utile pour expliquer ce qu’est un PEA, comparer des enveloppes qualitativement, vulgariser un texte de loi, comprendre une démarche administrative.
Elle est peu fiable dès qu’il s’agit d’un calcul impliquant des taux de l’année en cours, un contexte personnel (TMI, situation familiale), ou un enchaînement de règles dans le temps.
Le vrai problème : une réponse correcte et une réponse fausse ont exactement le même ton. Impossible de distinguer les deux sans vérifier soi-même.
Comment obtenir des chiffres fiables
Vérifier soi-même
Quelques réflexes simples :
- Tester la fraîcheur des données : demander le taux de prélèvements sociaux en vigueur. Si l’IA répond 17,2 % pour des plus-values mobilières, ses données sont antérieures à 2026.
- Demander la décomposition étape par étape, pas juste le résultat final.
- Croiser avec impots.gouv.fr pour les taux et tranches en vigueur.
Utiliser un moteur de simulation
L’IA excelle pour comprendre une question et formuler une explication. Mais pour que cette explication soit juste, elle a besoin de s’appuyer sur des données fiables : des calculs exacts, des règles fiscales à jour, et la décomposition de chaque étape.
C’est ce que fait Vesimly. Le moteur simule mois par mois, avec les vrais taux, plafonds et interactions entre enveloppes. Mais il expose aussi les règles fiscales en vigueur et la décomposition complète de chaque résultat. Connecté à l’IA via le protocole MCP, il lui fournit à la fois les chiffres et le contexte pour les expliquer correctement. Chaque montant est calculé, pas prédit, et chaque étape est traçable.